Une décision pionnière dans un contexte de tensions économiques La banque Leumi a annoncé une réduction exceptionnelle du Prime, qu’il s’agisse de crédits à la consommation ou de prêts hypothécaires. Une initiative qui s’inscrit dans le cadre du plan de la Banque centrale d’Israël visant à alléger la charge financière des ménages, à l’heure où les taux d’intérêt pèsent lourdement sur l’économie.
Une réduction immédiate et automatique du Prime
En préambule, rappelons que le Prime est le taux Directeur de la Banque centrale d’Israël commercialisé par les banques, majoré de 1.50 % ; il s’agit là du taux de base, qui peut ensuite être minoré ou majoré par les banques.
À partir du 1er octobre, le taux pratiqué par la banque Leumi sur cette formule d’emprunt sera abaissé de 0,25 %, passant ainsi de 6 % à 5,75 % en taux de base. Cette mesure bénéficiera non seulement aux crédits en cours, mais également à ceux qui souscriront de nouveaux prêts après cette date.
L’application de cette réduction se fera de manière automatique, sans nécessité d’action de la part des emprunteurs.
Il s’agit là d’un geste inédit dans le secteur bancaire israélien, où les ajustements de taux restent généralement liés aux décisions officielles de politique monétaire. Cette annonce pourrait être interprétée comme une anticipation par la Leumi d’un cycle imminent de baisse des taux, tant aux États-Unis qu’en Israël.
Une réponse aux tensions économiques et à la pression sociale
Dans un contexte économique marqué par l’incertitude – liée notamment au conflit armé en cours et à ses répercussions sur la croissance – le PDG de la banque, Hanan Friedman, a justifié cette décision par une volonté d’alléger la pression pesant sur les ménages israéliens :
« nous sommes pleinement conscients du fardeau économique considérable que subissent les citoyens israéliens, en raison d’un environnement de taux d’intérêt élevé et d’une instabilité économique persistante ».
Ce geste s’inscrit dans le cadre du plan élaboré par la Banque centrale d’Israël en mars dernier, qui a demandé à l’ensemble du secteur bancaire de proposer des mesures de soutien d’un montant global de 3 milliards de shekels, réparties sur une période de deux ans.
L’objectif sous-jacent étant d’éviter une intervention législative plus contraignante, face aux bénéfices record engrangés par les établissements bancaires ces dernières années.
Un ensemble d’avantages pour les particuliers
Outre la baisse du Prime, la Leumi propose également d’autres mesures destinées à améliorer le quotidien financier de ses clients. Parmi elles, on note un taux de rémunération attractif de 2 % sur les soldes créditeurs des comptes courants, dans la limite de 10,000 shekels.
Par ailleurs, la banque applique désormais une réduction d’un point de pourcentage sur les intérêts liés aux découverts bancaires.
Ces gestes, s’ils restent ponctuels et ciblés, traduisent néanmoins une prise de conscience croissante des banques israéliennes : dans un climat social tendu, marqué par un sentiment d’injustice économique, il devient de plus en plus difficile de justifier une rentabilité exceptionnelle sans contrepartie pour les clients.
Des résultats financiers exceptionnels en toile de fond
Il faut dire que la banque Leumi évolue dans un contexte de performance financière exceptionnelle. Lors de la publication de ses résultats pour le deuxième trimestre 2025, la banque a affiché un résultat net de 2,6 milliards de shekels.
Conformément aux directives révisées de la Banque centrale d’Israël, elle a pu distribuer 50 % de ce bénéfice sous forme de dividendes à ses actionnaires – contre 40 % auparavant.
La rentabilité de la banque est également remarquable : le rendement sur fonds propres atteint 16,2 %, et la valorisation boursière de l’établissement dépasse désormais 97 milliards de shekels, un record dans le système bancaire israélien.
L’action de la banque affiche une progression de plus de 50 % depuis le début de l’année, ce qui en fait l’une des valeurs les plus performantes du marché.
Un mouvement stratégique dans un contexte de concurrence accrue
La décision de la banque n’est pas isolée : elle intervient dans un climat de concurrence renforcée entre les établissements bancaires, qui cherchent à fidéliser leur clientèle face à la montée en puissance des acteurs non bancaires et des plateformes d’investissement.
Cette semaine, deux autres banques ont annoncé des mesures similaires. Bank Hapoalim a décidé d’offrir à chaque client deux actions gratuites d’une valeur d’environ 126 shekels, tandis que la Banque Internationale a revu à la baisse ses commissions de courtage pour les jeunes investisseurs.
Ces initiatives visent clairement à séduire une clientèle plus jeune, friande de services numériques et d’investissements autonomes via les maisons de courtage.
Une initiative pionnière qui pourrait faire école
En anticipant une baisse des taux directeurs et en proposant des allègements concrets à ses clients, la Leumi marque un tournant stratégique. Si cette démarche s’inscrit dans le cadre d’un plan défini par la Banque centrale d’Israël, elle n’en reste pas moins inhabituelle dans un secteur souvent perçu comme peu enclin aux gestes volontaristes.
Reste à savoir si cette dynamique sera suivie par d’autres institutions, ou si elle restera l’exception dans un paysage bancaire encore largement centré sur la rentabilité à court terme. Une chose est sûre : la pression, économique comme politique, pousse désormais les banques à revoir leur rôle dans l’équilibre social israélien.