Alors que l’économie israélienne tente de consolider sa reprise dans un contexte géopolitique complexe, le gouvernement examine une réforme du traitement fiscal des terres agricoles dans le cadre de la loi d’ajustement budgétaire. Derrière cette mesure technique se dessinent des enjeux macroéconomiques majeurs : équilibre des finances publiques, pression foncière, productivité agricole et cohésion territoriale. Analyse d’un débat révélateur des tensions structurelles de l’économie israélienne en 2025-2026.
Une réforme fiscale au cœur de la loi d’ajustement budgétaire
Dans le cadre du projet de « loi d’ajustement budgétaire », instrument législatif accompagnant traditionnellement le vote du budget en Israël, le gouvernement a proposé de revoir certains avantages fiscaux accordés aux terrains agricoles. Cette initiative, relayée notamment par le quotidien économique Globes, vise à accroître les recettes publiques en réexaminant le régime préférentiel dont bénéficient certaines parcelles classées comme agricoles.
L’objectif affiché est double. D’une part, élargir l’assiette fiscale afin de contenir le déficit public, mis sous pression par l’augmentation des dépenses de sécurité et de reconstruction. D’autre part, limiter les effets d’aubaine liés à la détention de terrains agricoles susceptibles d’être requalifiés ultérieurement en terrains constructibles, générant d’importantes plus-values.
Cette proposition a toutefois suscité des résistances, notamment de la part des représentants du secteur agricole et de certaines formations politiques attachées à la préservation du monde rural.
Agriculture et foncier : un secteur stratégique sous contraintes
L’agriculture israélienne occupe une place singulière dans l’économie nationale. Historiquement associée aux kibboutzim et aux moshavim, elle a contribué à l’aménagement du territoire et à la sécurité alimentaire du pays. Bien que sa part dans le PIB demeure modeste comparée aux secteurs technologiques, elle revêt une dimension stratégique.
Or, la pression foncière est particulièrement forte en Israël. La rareté des terres disponibles, conjuguée à une croissance démographique soutenue, alimente une hausse continue des prix de l’immobilier. Dans ce contexte, le statut fiscal des terrains agricoles devient un enjeu économique majeur.
Un régime trop favorable peut encourager la rétention spéculative de terres ; un durcissement excessif risque en revanche d’affaiblir des exploitations déjà confrontées à la hausse des coûts de production et à la concurrence internationale.La réforme envisagée s’inscrit donc dans une équation délicate : comment renforcer les finances publiques sans compromettre la viabilité d’un secteur sensible ?
Une économie en reprise fragile
Sur le plan macroéconomique, Israël sort progressivement d’une période de ralentissement marqué. Après une croissance atone en 2024, l’activité a montré des signes de redressement en 2025, portée par la résilience du secteur technologique et par un rebond de la consommation intérieure.
Le pays demeure l’un des pôles mondiaux de l’innovation, notamment dans la cybersécurité, les technologies médicales et l’intelligence artificielle. Cette dynamique contribue à soutenir les exportations de services à haute valeur ajoutée. Toutefois, l’économie reste exposée aux aléas géopolitiques et aux fluctuations des investissements étrangers.
Dans ce contexte, la maîtrise du déficit budgétaire constitue une priorité pour le gouvernement. Les dépenses exceptionnelles liées à la sécurité et aux infrastructures ont accru la dette publique, incitant l’exécutif à rechercher de nouvelles marges de manœuvre fiscales. La réforme du traitement des terrains agricoles s’inscrit précisément dans cette stratégie d’ajustement.
Enjeux budgétaires et équité fiscale
L’un des arguments avancés en faveur de la réforme repose sur l’équité fiscale. Certains responsables estiment que des terrains bénéficiant d’un classement agricole tout en présentant un potentiel de développement urbain ne devraient pas profiter indéfiniment d’un régime avantageux.
En révisant ces dispositifs, l’État espère dégager des recettes supplémentaires susceptibles de financer des politiques publiques prioritaires, notamment en matière de logement et d’infrastructures. Cette logique répond également aux recommandations récurrentes d’organisations économiques internationales appelant à élargir l’assiette fiscale plutôt qu’à relever les taux d’imposition généraux.
Cependant, les critiques soulignent le risque d’un affaiblissement du tissu agricole, particulièrement dans les zones périphériques. Une hausse brutale de la charge fiscale pourrait fragiliser les petites exploitations et accélérer la concentration foncière.
Un révélateur des tensions structurelles
Au-delà de la dimension sectorielle, le débat sur la fiscalité agricole révèle les tensions structurelles de l’économie israélienne. D’un côté, un secteur technologique dynamique, fortement intégré aux marchés mondiaux, générateur de croissance et d’emplois qualifiés.
De l’autre, des secteurs traditionnels soumis à des marges plus faibles et à des contraintes spécifiques.La question foncière cristallise ces divergences. L’urbanisation rapide et la demande en logements exercent une pression constante sur les terres disponibles.
Dans ce contexte, la fiscalité devient un instrument de régulation économique, mais aussi un levier politique.
Perspectives pour 2026
À l’horizon 2026, l’enjeu pour Israël sera de concilier consolidation budgétaire et soutien à la croissance. Si la réforme fiscale agricole est adoptée, son calibrage précis sera déterminant. Une mise en œuvre progressive, accompagnée de mécanismes compensatoires pour les exploitations les plus vulnérables, pourrait limiter les effets négatifs.
Plus largement, la trajectoire économique du pays dépendra de sa capacité à maintenir l’attractivité de son écosystème d’innovation tout en renforçant la cohésion sociale et territoriale. Le débat actuel illustre la complexité des arbitrages à opérer dans une économie moderne confrontée à des défis multiples.

